La psychologie de l'addiction au travail — Travailler dur et ne pas pouvoir s'arrêter sont deux choses différentes
L’addiction au travail n’est pas un synonyme de diligence
« Aimer son travail et travailler beaucoup » et « être incapable de s’arrêter de travailler » peuvent sembler similaires en apparence. Dans les deux cas, les heures supplémentaires sont fréquentes, les messages professionnels sont consultés pendant les jours de repos et la performance est valorisée. Cependant, d’un point de vue psychologique, il existe une différence fondamentale entre ces deux états.
Une personne passionnée, même si elle travaille beaucoup, parvient à maintenir un certain équilibre avec les autres sphères de sa vie. À l’inverse, l’addiction au travail (workaholism) se caractérise par une anxiété ou une culpabilité lorsqu’on ne travaille pas, et par une difficulté à réduire la charge de travail malgré les conséquences sur la santé, les relations et le repos. Cet article est un guide d’auto-réflexion et ne remplace pas un diagnostic médical.
Les 7 critères de l’échelle de Bergen (BWAS)
L’un des outils les plus cités dans la recherche sur l’addiction au travail est l’échelle de Bergen (Bergen Work Addiction Scale, BWAS), proposée par la chercheuse norvégienne Cecilie Schou Andreassen et ses collègues. Cette échelle applique les cadres de recherche sur les comportements addictifs au monde du travail, identifiant 7 caractéristiques clés.
| Élément | Manifestation dans le travail |
|---|---|
| Saillance | Le travail occupe la majeure partie de l’esprit, même pendant les moments de repos |
| Modification de l’humeur | Le travail procure un sentiment de soulagement, d’excitation ou de contrôle ; l’arrêt provoque un inconfort |
| Tolérance | Besoin de travailler de plus en plus longtemps pour obtenir la même satisfaction |
| Sevrage | Irritabilité, anxiété ou culpabilité lorsque le travail est impossible |
| Conflit | Priorité au travail malgré les tensions avec la famille, les amis, la santé ou le sommeil |
| Rechute | Retour rapide aux habitudes de surmenage malgré la volonté de réduire |
| Problèmes | Incapacité à réduire l’intensité du travail malgré des conséquences physiques ou psychiques |
Ces 7 éléments soulèvent une question bien plus importante que « est-ce que je travaille beaucoup ? » : Le travail enrichit-il ma vie, ou est-ce qu’il évince les autres aspects de mon existence ?
La différence entre passion et addiction
Celui qui aime son travail est dans un état de « flux » (flow). Le flux est un état où le temps passe vite, où les compétences sont adaptées aux défis, et qui laisse un sentiment de plénitude malgré la fatigue. À l’inverse, l’addiction au travail ne procure aucun apaisement une fois la tâche terminée. Même après une réussite, le sentiment que « ce n’est pas assez » persiste, et l’angoisse monte si une nouvelle tâche n’est pas trouvée.
La clé qui distingue ces deux états est le sentiment de choix. La passion se rapproche du « je le fais parce que je le veux », tandis que l’addiction ressemble à « je le fais parce que je ne peux pas supporter de ne pas le faire ». Une personne passionnée peut ajuster son travail face à des problèmes relationnels ou de santé, alors que le schéma addictif fait ressentir tout ajustement comme un échec ou une menace.
Une autre différence réside dans l’étendue de l’identité. Le travail peut être une partie importante de la vie, mais il devient dangereux s’il constitue la totalité de notre valeur. La performance devient alors synonyme d’estime de soi, et l’erreur est vécue comme un échec existentiel. Dans ce cas, même le temps de repos n’est plus perçu comme une récupération, mais comme un retard sur les autres.
Pourquoi est-il si difficile de s’arrêter ?
L’addiction au travail ne s’explique pas uniquement par la personnalité. L’anxiété, le perfectionnisme, le besoin de reconnaissance, la pression économique et une culture d’entreprise compétitive agissent de concert. En particulier, ceux qui sont convaincus que « je ne suis digne d’être aimé que si je suis utile » trouvent facilement dans le travail un moyen d’obtenir un sentiment de sécurité.
Le problème est que le travail réduit l’anxiété à court terme. Lorsque les inquiétudes surgissent, traiter une tâche supplémentaire procure une sensation temporaire de contrôle. Mais si ce mécanisme se répète, le repos devient de plus en plus étranger et le corps reste dans un état de tension permanente. Finalement, le travail ne sert plus à résoudre des problèmes, mais à éviter des émotions.
L’organisation joue également un rôle. La culture de la messagerie instantanée exigeant une réponse immédiate, l’interprétation des heures supplémentaires comme un signe de dévouement et les critères de performance flous renforcent les schémas addictifs. Si l’individu pense uniquement « est-ce que le problème vient de moi ? », il risque de négliger les pressions structurelles.
Le rétablissement n’est pas un apprentissage de la paresse
Se rétablir de l’addiction au travail ne signifie pas moins aimer son métier. Il s’agit plutôt de créer une distance saine entre soi et le travail pour pouvoir durer.
Premièrement, fixez des limites claires sur le temps de travail. Il est difficile d’atteindre un équilibre vie pro-vie perso parfait dès le début. Commencez par des limites petites et observables : couper les notifications pendant 30 minutes après le travail, ou sanctuariser un bloc de temps sans travail le week-end.
Deuxièmement, enregistrez des indicateurs de récupération plutôt que de performance. Surveillez les signaux de régénération de votre corps : temps de sommeil, repas, promenades, conversations avec vos proches, loisirs qui ne demandent pas de concentration. Dans un schéma addictif, les indicateurs de performance gonflent tandis que ceux de récupération disparaissent.
Troisièmement, apprenez à gérer l’anxiété directement. Écrire sur la culpabilité, la peur d’être dépassé ou le besoin de reconnaissance qui surgissent lorsque vous arrêtez de travailler peut suffire à ralentir vos réactions automatiques. Si nécessaire, consulter un professionnel pour traiter le perfectionnisme ou les schémas d’autocritique est une aide précieuse.
Questions à se poser
Les questions suivantes ne sont pas un diagnostic, mais un outil d’auto-évaluation.
| Question | Point à examiner |
|---|---|
| Suis-je anxieux ou coupable quand je ne travaille pas ? | Sevrage et régulation de l’humeur |
| Ai-je échoué à réduire mon travail malgré mes résolutions ? | Schéma de rechute |
| Est-ce que je fais passer le travail avant mes relations, ma santé ou mon sommeil ? | Conflits et problèmes |
| Ai-je l’impression que ma valeur diminue si je n’ai pas de résultats ? | Rétrécissement de l’identité |
Si vous souhaitez examiner vos habitudes plus en détail, vous pouvez vérifier les signaux liés à l’addiction au travail via notre auto-test pour workaholics. Considérez les résultats non pas comme une étiquette, mais comme un point de départ pour une réflexion.
Résumé
- L’addiction au travail n’est pas de la diligence, mais un schéma répétitif où il devient difficile de s’arrêter.
- L’échelle BWAS d’Andreassen explique l’addiction au travail à travers 7 éléments : saillance, modification de l’humeur, tolérance, sevrage, conflit, rechute et problèmes.
- La passion laisse place au choix et à la récupération, tandis que l’addiction pousse à travailler pour apaiser l’anxiété et la culpabilité.
- Le rétablissement n’est pas un abandon du travail, mais un processus de redéfinition des limites, des indicateurs de récupération et de la gestion de l’anxiété.
Oiyo
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